Lorsque Stockman, le médecin de la station thermale
découvre la pollution des eaux, il décide de lui
donner une large publicité et trouve très vite toutes
sortes d’appuis de la « majorité compacte » des petits
propriétaires. Mais l’affaire tourne court quand, au nom
du réalisme et de l’argent, ils vont lui retirer leur soutien
et le désigner à la vindicte populaire. Le lynchage est
immédiat. Il est l’ennemi public.
Cette pièce d’Ibsen est passionnante parce qu’elle
est loin d’un manichéisme bien pensant. Bien que sa
cause soit juste, Stockman peut avoir un discours
aussi troubles que les eaux qu’il veut protéger. Et cette
masse, en laquelle il a appelé pour dénoncer le scandale
sanitaire, devient cette vox populi, obstacle ignare
et prompt à se dresser contre la liberté…
Ambivalences de la démocratie ou ambiguïtés du
fanatisme au nom de la pureté de la vérité ?
À travers cette fable implacable, Thierry Roisin, metteur
en scène et directeur du CDN du Nord-Pas-de-Calais,
propose une comédie féroce et terriblement actuelle.
On pense évidemment au cynisme économique et à la
lâcheté politique face aux scandales du Médiator, du
sang contaminé ou de la vache folle. Mais surtout, on
s’interroge sur les dérives démocratiques actuelles : la
majorité a-t-elle toujours raison ? Que valent les idées
devant la realpolitik annoncée comme inéluctable ?
Peut-on changer le monde, seul contre tous ?
Thierry Roisin met en scène cette comédie amère à la
manière d’un théâtre d’agit-prop. Petits bourgeois ou
pense-petits, nous serions tous concernés.